MoiAussi

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Néna

De retour de Munozpar Nena Lah, mercredi 2 février 2011, 09:27
Il y a l’idée que l’on se fait du voyage et le voyage lui même, rien n’était simple au départ, seule l’envie de vivre le quotidien de ces Haïtiens de Munoz est présente, l’occasion unique de partager ces bouts de vie. Je suis plus décidée que jamais, et tranquillement les choses se mettent en place, alors je me fais confiance, pour une fois je sûre de moi.

Arrivée de nuit, la découverte de ce pays se fera lentement, je devine le paysage, et seuls les bruits et les odeurs me guident. L’ air est chaud, la musique omniprésente, je me sens bien tout de suite. La rencontre avec ce peuple Haïtien est très forte. La vie de ces hommes, de ces femmes dans le Batey, ne ressemble à rien de ce que je connaissais. Sans papier d’identité pour la plupart, ils ne peuvent se déplacer dans le pays sans risquer d’être pris dans une rafle qui les ramènerait en Haïti. Sans savoir ni lire ni écrire, les adultes sont aussi à la merci de tous les prédicateurs ou témoins de toute sorte, et chacun y va de son bon discours, comme une rengaine malsaine, ils essaient de convaincre des personnes prêtes à tout croire. Lamentable et trop facile !

Au détour de la rivière, je me suis reposée, le vent doux dans mes tresses soufflait, le bruit de l’eau apaise ma colère, l’envie de tout respirer, et la vie qui coule dans mes veines.

Je dois rendre hommage à ces femmes, levées depuis l’aurore pour vendre des fruits sur la plage, à ces hommes courbés en deux pour couper la canne à sucre tout le jour durant, qui le soir venu, sans eau courante, sans sanitaire, se sont fait belles, se sont fait beaux, une chemise immaculée blanche, une robe colorée sur une peau qui sent bon le frais, l’aloé. Car certains soirs de la semaine, des cours d’alphabétisation sont donnés, et l’on passe du créole au français, au fond du Batey, dans une salle de classe animée et gaie, où les élèves adultes viennent s’instruire avec dignité.

Pas de regard de pitié, pas de charité ni de sensiblerie, mais le respect de chaque personne, le partage d’un bout de vie. Quand une femme nous ouvre la « porte » de sa maison, on est dans la place, on sourit, on joue, on sait pourtant que les conditions de vie sont très difficiles. Mais le bonheur est là aussi, il ne faut pas se méprendre, ce n’est pas nous qui l’avons apporté, avec nos cadeaux de toutes sortes, il était là bien avant notre arrivée et continuera d’exister longtemps après.

Les quelques jours passés ici m’ont tant donné, des bouts de vie mis à la suite, des rencontres, des visages, des sourires, des musiques, des odeurs de fruits et de sel, les noix de coco que l’on boit, les arbres qui goutte à goutte chantent dès le levé du jour, les buffles qui traversent la rivière au petit matin, cette terre chaude et poussiéreuse, de cet endroit, j’ai tout aimé, mille merci ou merci davantage, j’y reviendrais, je le sais.